Réponses d’Orchestres Canada à la COVID-19

Une lettre de notre directrice générale, Katherine Carleton

Chers membres,

Depuis quatre semaines, une vague d’annulations déferle sur le pays dans la foulée des mesures de confinement visant à limiter la propagation de la COVID-19. Chacun de nos quelque 130 orchestres membres a été touché.

Les orchestres canadiens ont fait preuve d’une adaptabilité inspirante en créant plus de contenu en ligne que jamais. Orchestres Canada a aussi augmenté son activité en ligne pour appuyer ses membres durant cette période de défis sans précédent. Convaincus que les orchestres sont plus forts ensemble qu’ils ne le sont isolément, nous avons élargi et adapté les quatre piliers de notre mission pour les aider à faire face à la crise actuelle.

Convocation

Au cours du dernier mois, OC a convoqué des réunions en ligne avec des groupes intervenants pour échanger des renseignements et des idées, ainsi que pour concevoir des réactions collectives à la fermeture actuelle. Nous avons tenu des réunions avec les chefs de la direction des orchestres, les dirigeants d’orchestres de jeunes, les gestionnaires du personnel, de même que les responsables du marketing et de l’éducation. Nous prévoyons poursuivre et élargir ces rencontres. Dites-nous ce dont vous avez besoin.

Défense des intérêts

Notre comité de la défense des intérêts s’est employé à déterminer la meilleure façon d’aborder les décideurs fédéraux et de les sensibiliser aux besoins des orchestres. Nous avons écrit une lettre à plusieurs ministres, et nous encourageons nos membres à la transmettre à leurs députés. Bien sûr, nous nous sommes concentrés sur les mesures d’urgence à court terme. C’est ce que nous continuerons à faire tout en vous consultant afin d’élaborer des stratégies de relance et de résilience pour les orchestres canadiens.

Partage des connaissances

Nous envoyons à nos membres de fréquentes mises à jour sur la situation touchant directement le secteur des arts, ainsi que des ressources et outils pour les aider à faire face à la réalité actuelle. Nous sommes aussi ravis de faire connaître vos initiatives et triomphes. Vous pouvez lire ces mises à jour à notre page COVID-19 ou en vous abonnant à notre infolettre.

Recherche

Jusqu’à maintenant, nous avons mené deux sondages visant à mesurer l’impact immédiat des fermetures dues à la COVID-19 sur nos membres et nous avons communiqué certaines observations initiales de notre statisticien, Steve Smith. Cette collecte de données est une démarche constante; nous savons que vous avez été sondés, mais nous continuerons à recueillir et analyser d’autres données.

Je vous incite à jeter un coup d’œil à l’état de nos activités et vous encourage à communiquer avec nous pour partager des ressources, brasser des idées ou simplement vérifier l’état des choses. Prenez bien soin de vous.

Katherine Carleton
Directrice générale
Orchestras Canada/Orchestres Canada

Confiance, transparence et vérité

Marion Newman

Le Rapport de la Commission de vérité et de réconciliation de 2015 et ses appels à l’action ont ébranlé de nombreuses hypothèses courantes au sujet des relations entre la communauté autochtone et celle des colonisateurs au Canada. En réponse à ce rapport, nombre d’orchestres et d’autres institutions culturelles ont commencé à examiner leurs relations avec les communautés et à repenser leurs modes de collaboration et de partenariat avec les nations, les peuples et les organisations autochtones.

Suivant la création en 2017 d’un conseil consultatif sur la communauté autochtone au Regina Symphony Orchestra, beaucoup de travail a été accompli pour développer cette relation. Nous nous sommes entretenus avec le directeur musical du RSO, Gordon Gerrard, et la mezzo-soprano Marion Newman, qui siège à ce conseil, pour en savoir plus au sujet de cette initiative.

Le début
Gordon Gerrard

Le conseil consultatif sur la communauté autochtone du RSO a vu le jour après la nomination d’un nouveau membre du conseil d’administration, Audra Young, de la Première Nation de Cowessess. Il a été officialisé en raison de la consultation qu’a nécessitée un important projet de rayonnement mené avec Buffy Sainte-Marie; un des premiers projets subséquents a été le nouveau Forward Currents Festival. Le conseil consultatif était initialement composé de 12 membres qui se réunissaient chaque mois surtout pour conseiller le nouveau directeur musical, Gordon Gerrard, et la directrice générale de l’époque, Tanya Derksen, au sujet d’éléments de programmation autochtone pour la saison de l’orchestre. « Il n’y a pas de livre de règlements pour ce genre de chose, affirme Gordon, mais nous voulions nous assurer de créer une relation salutaire permanente pour les deux parties, plutôt qu’un simple échange ponctuel. »

Soucieux d’accorder le temps voulu à l’évolution de ces conversations, le groupe se réunit maintenant moins fréquemment, mais ses conseils touchent à un plus grand nombre d’aspects des activités du RSO. Tout est interdépendant. D’autres orchestres suivent ce modèle; le Vancouver Symphony Orchestra, par exemple, a mis sur pied son propre conseil sur la communauté autochtone.

Risques et vraie consultation

Malgré une certaine appréhension quant à la voie que l’orchestre et le conseil allaient emprunter, les parties comprenaient l’importance et l’ouverture de cette initiative. Marion Newman attribue essentiellement sa disposition à siéger au conseil à sa relation solide avec Gordon et sa confiance en lui. « On nous demande constamment nos conseils sur divers projets, dit-elle. C’est plus rare que l’organisme écoute vraiment. Mais parce que j’avais déjà confiance en Gordon, je savais que l’orchestre écouterait ce que nous avions à dire. »

Marion et Gordon reconnaissent tous deux qu’il s’agit d’un travail soutenu, lent et de longue haleine. Il exige de la transparence de la part de l’orchestre, qui doit partager des choses qu’il n’a pas l’habitude de partager avec des groupes externes. « Nous en sommes encore à l’aspect vérité de la vérité et la réconciliation », affirme Marion. Le travail est pénible mais nécessaire si l’on veut aboutir à une consultation et un partenariat véritables. L’expérience a en définitive été positive pour le RSO. Les opinions du conseil consultatif touchent désormais tous les aspects de son activité, comme les déclarations de reconnaissance du territoire; elles précisent le sens véritable de la consultation et aident tous les intervenants à trouver leurs propres manières de participer à cette tâche.

Le Festival Forward Currents

Le premier projet pour lequel on a consulté le conseil consultatif a été le nouveau Forward Currents Festival. « Chaque année le festival gravite autour d’un enjeu socialement pertinent pour notre communauté à Regina, signale Gordon. Le premier, en 2018, était centré sur la vérité et la réconciliation; celui de 2019, sur la sensibilisation à la santé mentale. »

« C’est un moyen très direct de rejoindre des gens qui croient que l’orchestre n’est pas pour eux », ajoute-t-il. En présentant l’orchestre ailleurs que dans la salle de concert traditionnelle, le festival a rejoint un public entièrement nouveau qui n’a peut-être jamais songé à assister à un concert de musique orchestrale traditionnel. Marion dit avoir été très touchée au premier festival. « C’était incroyable de voir des Autochtones émus d’entendre l’orchestre raconter leur histoire et, pour eux, de se rendre compte que des membres non autochtones du public étaient émus par des histoires autochtones. »

Prochaines étapes

Le conseil consultatif commence à se tourner vers les saisons futures pour ce qui est du contenu de la programmation et de la manière d’aborder les partenariats. Il se penche aussi sur les moyens de veiller à ce que ce travail ait un effet durable sur le RSO. Une formation en compétence culturelle s’impose, et il espère établir bientôt un moyen qui permettra aux nouveaux musiciens, employés et membres du conseil de l’orchestre de suivre la formation voulue qui leur permettra de travailler en collaboration respectueuse avec lui et les autres communautés avec lesquelles le RSO pourrait s’associer.

Le travail est ardu et prend du temps. Il doit reposer sur des relations personnelles fortes, la confiance et la transparence.

Renseignements sur la rémunération dans les avis de postes

À compter du 13 avril 2020, les avis de poste affichés sur le site d’Orchestres Canada devront comporter des renseignements sur la rémunération, dont un des renseignements suivants :

  • le salaire annuel (ou la plage salariale)
  • le taux horaire (ou l’échelle de taux)
  • le taux de rémunération au service
  • la somme totale, pour un contrat ou une demande de proposition

Les postes bénévoles et les occasions de perfectionnement professionnel seront indiqués en tant que tels. Plusieurs des emplois affichés sur notre babillard sont au sein d’orchestres syndiqués, où la rémunération fait partie d’une convention collective. Nous voulons faire en sorte que les modalités de la rémunération soient aussi claires que possible pour les musiciens qui postulent. Parallèlement, nous voulons que les détails de la rémunération des postes administratifs soient clairs dès le départ.

La divulgation du salaire est une pratique qui devient de plus en plus courante dans le secteur des arts et au sein des organismes sans but lucratif. Ces pratiques favorisent l’équité salariale, permettent de réduire les écarts de salaires chez les personnes de différents genres ou d’origine ethnique diverses et sont avantageuses pour les employeurs et les chercheurs d’emploi pour différentes raisons.

Pour les employeurs

  • La divulgation du salaire permet d’économiser du temps durant l’embauche. Vous recevrez moins de candidatures de personnes surqualifiées ou sous-qualifiées. En attendant à la fin du processus d’embauche pour discuter du salaire, vous risquez de devoir interviewer plusieurs candidats avant d’en trouver un qui accepte le salaire.
  • Cette pratique diminue aussi le roulement du personnel. En divulguant le salaire dès le départ, on harmonise les attentes du chercheur d’emploi avec la réalité. La relation entre l’employeur et l’employé se fonde sur l’honnêteté dès le commencement.
  • C’est de plus en plus commun dans notre secteur. D’autres services d’emplois dans les arts et au sein des organismes sans but lucratif ont adopté cette pratique comme Work In Culture et l’Ontario Non-Profit Network pour en nommer quelques-uns. Certaines personnes ne poseront même pas leur candidature si le salaire n’est pas indiqué dans l’avis de poste. En n’offrant pas cette information, on peut dissuader de bons candidats.

Pour les chercheurs d’emploi

  • La divulgation du salaire permet d’économiser du temps lorsqu’on est à la recherche d’un emploi. Les plages salariales donnent souvent une bonne idée du niveau d’expérience requis et des qualifications nécessaires. Vous ne passerez donc pas toute votre journée à rédiger des lettres d’accompagnement de C.V. pour un poste pour lequel vous n’êtes pas qualifié.
  • Cette pratique permet de reconnaître que les gens doivent pouvoir subvenir à leurs besoins. Vous pourrez donc décider de façon éclairée si un poste particulier convient à votre situation financière ou familiale.
  • Cette divulgation permet de réduire les écarts salariaux fondés sur le genre et l’origine ethnique. Lorsque les salaires sont affichés, tous les candidats partent du même pied d’égalité.

Ressources COVID-19

Si vous rencontrez des difficultés, le document Google ci-dessous peut également être consulté ici. Vous pouvez contribuer à cette banque de ressources ici.

Quatre questions à poser avant de commencer un projet numérique

Blogue écrit par Nick Walshe, Orchestres Canada

Le mois dernier, j’ai assisté au symposium Digital Stage de La Compagnie d’opéra canadienne (COC). Le projet Digital Stage (scène numérique) découle d’une collaboration entre la COC, le Ballet national du Canada et le Collège Sheridan, et est appuyé par le Conseil des arts du Canada. Ce projet a été conçu dans le but de nous faire explorer et adopter les nouvelles technologies dans le domaine des arts et d’outiller les organismes artistiques afin qu’ils s’épanouissent dans cet environnement numérique en constante évolution. Ce symposium a mis en lumière une vaste gamme de technologies de pointe, des applis permettant de créer de l’engagement auprès de l’auditoire écoutant des prestations musicales (l’année dernière, nous avons présenté les aventures de la Winnipeg Symphony Orchestra qui avait créé une appli d’engagement de l’auditoire) aux dispositifs intelligents que peuvent porter les interprètes et artistes pour surveiller leur corps. De plus amples renseignements sur ces technologies se trouvent dans leur document intitulé Digital Horizon Scan.

Télécharger le document Horizon Scan ici.

Il n’est pas étonnant qu’aucune des technologies présentées ne se soit démarquée comme pouvant vraiment tout changer pour les orchestres. La question touchant la façon dont nous échangeons avec nos auditoires, soit avec les technologies numériques ou lors de spectacles en direct, se complique davantage en raison des différentes tailles d’orchestres et de la diversité des communautés que nous servons. Je suis sorti du symposium avec plus de questions que de réponses. J’ai donc pensé qu’au lieu de vous transmettre une liste de nouvelles technologies à explorer, il serait préférable de vous faire part des questions qui me revenaient à l’esprit lorsque nous examinions comment les orchestres peuvent s’aventurer plus loin dans le monde numérique. Bien qu’elles ne soient pas exhaustives, ces quatre questions ont pour but de stimuler la discussion et donner matière à réflexion avant d’entreprendre un nouveau projet numérique.

Quel problème tente-t-on de régler en entreprenant ce projet?

On dit que toute solution a un problème. Il est important d’examiner quels problèmes on veut résoudre grâce à l’adoption de la technologie et quelles autres solutions pourraient régler ce problème. Lorsque l’utilisation de la technologie s’impose de manière qui n’est pas naturelle, voire artificielle, nos auditoires le savent très bien. Les ressources des organismes artistiques étant très limitées, il faut veiller à ce que l’investissement dans la technologie s’harmonise aux objectifs de l’organisme. Voulons-nous sensibiliser l’auditoire? Augmenter le nombre de spectateurs? Cherchons-nous à enrichir l’expérience des spectateurs en leur offrant la diffusion continue en direct ou de nouveaux moyens de participer en mode numérique?

Est-ce que cela a déjà été fait? Est-ce que cela a fonctionné?

Bien que les orchestres canadiens se situent dans différentes collectivités ayant différents goûts, différentes forces et des compositions démographiques distinctes, il n’est pas nécessaire de réinventer la roue chaque fois qu’on met en œuvre un projet numérique. Il vaut la peine de déterminer qui utilise la nouvelle technologie qu’on envisage de mettre en œuvre et examiner les leçons tirées après son utilisation. Ces exemples peuvent être tirés d’ailleurs, pas seulement dans le monde des orchestres. Nous pouvons en apprendre beaucoup de l’utilisation de la technologie dans d’autres formes artistiques, soit la danse, le théâtre et les arts visuels.

Quel effet la technologie a-t-elle sur le produit en direct?

Ou encore, en quoi consiste le produit en direct, au juste? Chaque examen de la sphère technologique a la possibilité de nous faire mieux comprendre le produit en direct que nous présentons. Nous parlons souvent de l’expérience en direct comme étant l’aspect le plus important des œuvres orchestrales. Pouvons-nous offrir cette expérience à plus de gens? La technologie que nous planifions utiliser enrichira-t-elle l’expérience de l’auditoire, ou y nuira-t-elle? Dans un monde numérique, il est aussi important de reconnaître l’importance de l’engagement offert en ligne aux gens qui ne sont pas en mesure de se rendre à la salle de concert pour différentes raisons.

Quelles ressources nous manque-t-il pour offrir cette expérience?

Quoique plusieurs organismes artistiques travaillent selon leurs limites (d’autres doivent même repousser les limites), il est important de préparer un plan permettant de relever les lacunes en matière de connaissances ou de ressources. Les enjeux touchant le temps, l’argent et les connaissances au sein d’un organisme sont cruciaux. Faut-il examiner la possibilité d’engager un conseil expert externe et combien d’heures de rémunération avons-nous les moyens de payer? Y a-t-il d’autres voies de financement qui pourraient nous aider à financer de projet?

Ces questions sont conçues pour entamer la discussion avant d’entreprendre un projet numérique. D’autres conversations importantes suivront sans doute. Nous sommes enthousiastes à l’idée des nouvelles possibilités technologiques qui se présentent dans le secteur des orchestres et des arts, mais nous reconnaissons que la technologie bouge à un rythme rapide et que des investissements solides de temps et de ressources doivent être chapeautés par les décideurs de nos orchestres.

Le projet Digital Stage est en cours et se terminera en juin 2020. En savoir plus à https://coc.ca/digitalstage.

Blogue d’invité : La musique pour toutes habiletés dans la capitale du Canada

Child trying out a flute at a Music Circle eventOn semble de plus en plus conscient, ces dernières années, du besoin de rendre les arts et la musique plus accessibles pour la communauté à besoins spéciaux. La musique s’inscrit dans l’expérience humaine, et tous ont le droit d’en profiter. Mais les concerts traditionnels posent des obstacles parfois difficiles à surmonter : éclairage intense, sonorité forte, coût élevé, et règles d’étiquette et normes de comportement qui peuvent rendre l’assistance à un concert orchestral impossible pour beaucoup de personnes ayant des besoins spéciaux. Il faut aussi reconnaître la rareté et le faible nombre des possibilités d’éducation artistique vraiment accessibles. L’accessibilité physique ne constitue qu’un élément du problème; la vraie accessibilité suppose d’éliminer tous les obstacles, ce qui exige de la créativité de la part des organismes artistiques.

Child with earmuffs trying a horn at a Music Circle eventLa participation à des interprétations musicales et à des concerts accessibles procure des avantages qui dépassent le strict cadre de la musique. La participation à un programme musical adapté accessible peut faciliter le développement des compétences sociales en encourageant l’intervention à tour de rôle et les rapports avec les pairs. La stimulation sensorielle que suscitent le jeu d’un instrument et l’écoute de la musique dans un environnement contrôlé peut favoriser l’autoréglementation et promouvoir le bien-être. Pour les parents dont les enfants ont des besoins spéciaux, l’occasion de prendre part à une activité artistique d’une manière facile pour leur enfant est inestimable.

Le Centre national des Arts d’Ottawa a adopté cette cause en créant un milieu accueillant et adapté pour les élèves ayant des besoins spéciaux grâce à son programme novateur du Cercle musical. À la fois éducation musicale et expérience de concert, cette initiative hybride vise à répondre aux besoins des jeunes publics à besoins spéciaux. Les jeunes participent en petits groupes à une série d’ateliers pratiques centrés sur une famille d’instruments (cuivres, vents, cordes ou percussion) et assistent ensuite à un concert adapté aux sensibilités sensorielles mettant en vedette ces mêmes instruments. Le tout se déroule dans un milieu confortable, offrant diverses options pour s’asseoir, de l’espace pour bouger et une aire tranquille pour les pauses requises. Le matériel des ateliers est conçu pour répondre aux besoins de chacun des participants et leur permettre d’avoir des interactions avec les instruments et entre eux d’une manière confortable et valable pour eux. Le concert est planifié avec soin pour éviter une sursimulation sensorielle. Pour de nombreux jeunes, la participation à ce programme a aussi servi à faire le pont à l’assistance à des concerts réguliers de l’orchestre; le CNA a aussi facilité cela en offrant, lors des concerts pour la famille, des activités préconcert adaptées aux sensibilités sensorielles. Grâce au programme Cercle musical, des centaines de personnes à besoins spéciaux de tous âges ont découvert l’orchestre et assisté à des concerts conçus pour répondre à leurs besoins. Cette initiative a suscité un amour de la musique chez beaucoup d’entre elles, qui se sentent accueillies et à l’aise au Centre national des Arts.

Merci à Erin Parkes du Lotus Centre for Special Music Education d’avoir écrit cet article. Erin sera à notre conférence nationale pour parler sur les orchestres et l’inclusion social avec Ritchie (Setúbal Music Festival), Faith Scholfield (Windsor Symphony Orchestra) et Elizabeth Simpson (Orchestre du CNA).

Du développement à l’engagement

Donna Walker-KuhneDans le cadre de la conférence nationale d’OC à Ottawa du 11 au 14 juin, nous accueillerons Donna Walker-Kuhne comme conférencier d’honneur. Donna est actuellement conseillère principale, Implication communautaire au New Jersey Performing Arts Center (NJPAC). Créée il y a quatre ans par Donna Walker-Kuhne, la division de l’engagement communautaire du NJPAC produit, malgré sa taille réduite (elle ne regroupe que trois employés), des résultats étonnants. Le NJPAC qui, chaque année, offre plus de 200 spectacles et attire 30 000 personnes, s’emploie activement à diversifier le public des arts et utilise de nombreux moyens pour le mobiliser.

Les secrets de l’engagement communautaire

Dès le début de leur intervention, Donna et son équipe ont décidé de faire largement appel au conseil consultatif communautaire déjà en place au NJPAC pour qu’il l’aide à orienter leur travail. « Nous avons un conseil consultatif extraordinaire qui crée des spectacles intéressant la collectivité, qui initie le public aux arts, l’implique dans les arts et le renseigne sur les arts », dit-elle. La collaboration entre la division de l’engagement communautaire et le conseil consultatif a transformé le mode de fonctionnement du NJPAC. « Cette action a eu un grand impact non seulement sur les auditoires, mais aussi sur les possibilités que nous offrons aux entreprises qui sont nos bailleurs de fonds. Parce que nous pouvons leur offrir une empreinte dans la collectivité, elles affectent des fonds additionnels et, dans certains cas, financent exclusivement notre division. »

Les mesures de réussite

Il peut être difficile de mesurer l’impact de ce travail sur les communautés. Donna a parlé de mesurer le succès au NJPAC en fonction des actions des organismes et associations communautaires. « L’achat de billets ne constitue pas un de nos paramètres. Nous ne sommes pas une entité de vente », dit-elle. Ils examinent plutôt le degré d’engagement des organismes qu’ils desservent selon une « échelle d’engagement » englobant les diverses formes d’interactions avec les spectacles offerts au NJPAC :

  1. Assistance à des spectacles gratuits
  2. Promotion des spectacles au NJPAC (circulaires, e-blasts, prestation d’une aide au NJPAC pour l’aider à rejoindre des publics qui autrement seraient négligés)
  3. Venue de groupes à des spectacles
  4. Bénévolat lors de spectacles

Tout organisme qui cumule trois de ces quatre interventions est appelé un partenaire engagé, et leur suivi constitue une mesure clé du succès. Le NJPAC compte actuellement 122 partenaires engagés.

Le développement des publics et l’engagement communautaire

Photo of NJPAC with a packed crowd outsideComment ce travail a-t-il changé au fil du temps ? « Il évolue. Je fais ce travail depuis 1982, affirme Donna. À cette époque, nous n’avions pas les mots pour décrire le manque de diversité au sein du public, mais une conversation était amorcée. » Il a fallu un certain temps pour que les organismes réagissent à ce qu’ils entendaient. Dans les années 1990, on a commencé à parler de développement des publics, et certaines fondations ont commencé à y consacrer des fonds. Avec le temps, on a fini par associer cette expression aux ventes, au développement des publics pour qu’ils achètent des billets. L’expression engagement communautaire correspondait à l’étape suivante. « Il faut tout d’abord cultiver la communauté, signale Donna, pour qu’elle s’intéresse à ce que nous faisons. »

Bien que la terminologie ait changé, les organismes artistiques éprouvent tous vivement le désir de mobiliser davantage les collectivités. Il n’est toutefois pas facile d’intégrer cette action dans les plans à long terme. Il faut, au sein même de l’organisme, y consacrer du temps et de l’argent pour qu’elle se réalise. « Il faut en faire une priorité, précise Donna. Le conseil d’administration et la haute direction doivent prendre cette action à cœur. » Il est important d’avoir des moyens de mesurer le succès et de tisser des liens qui durent au-delà d’un projet en particulier ou d’un employé donné. La tâche n’est pas facile, mais elle crée pour les orchestres la possibilité de toutes sortes de relations intéressantes, enrichissantes et durables avec les communautés.

Donna donnera le discours d’ouverture de la conférence nationale et animera un atelier qui décrira des pratiques exemplaires dans le domaine de l’implication communautaire en discutant des mesures de réussite pour ces programmes. Elle présentera également des stratégies tangibles pour attirer et accroître un public multiculturel dans le domaine des arts. Pour en savoir plus, consultez la section sur la conférence nationale du site Web d’OC.

Bâtir un organisme numérique

Le mot « numérique » provoque un vaste éventail de réactions de la part des administrateurs des arts, allant de cris de joie à… de simples cris. Que le numérique avec un grand « N » fasse partie de l’ADN de votre organisme ou qu’il s’agisse simplement de l’apanage, selon vous, des milléniaux qui font partie de votre personnel, il ne fait aucun doute que les orchestres communiquent avec leurs publics sur des plateformes numériques sous des formes à la fois nouvelles, passionnantes et alarmantes.  En préparation pour notre Conférence nationale, nous avons rencontré (numériquement, bien sûr) Fiona Morris de The Space pour discuter des possibilités et écueils de l’intégration de la technologie numérique dans les arts.

Fiona est directrice exécutive et directrice de la création à The Space, un organisme de développement et de mise en service du Royaume-Uni, qui collabore avec des artistes pour créer de nouveaux projets. The Space appuie aussi les organismes du secteur des arts en matière de stratégie numérique en offrant du mentorat, de la formation et des services d’experts-conseils. Avec son collègue John White, Fiona animera une séance pré-conférence pour discuter de certains défis sur la stratégie numérique.

Pourquoi le numérique et pourquoi maintenant ?

Photo: People discussing around laptopsBien que ce ne soit pas d’hier que nous parlons d’intégrer les technologies numériques dans nos organismes artistiques, notre manière d’en parler doit changer. « Le mot “numérique”, dit Fiona, est un de ces mots de notre temps. Il a le malheur de pousser les gens à se sentir inadéquats. Peu importe qu’on en connaisse le sens parce que vraiment il ne veut rien dire du tout. » On tend à l’utiliser comme un mot passe-partout pour décrire toute activité en ligne, sans toujours savoir ce que cela signifie. Les orchestres veulent être numériquement actifs, mais cela ne se résume pas à faire la diffusion continue en direct de tout ce qu’ils font. Il faut choisir stratégiquement ce que l’on présente en ligne pour que notre temps et notre argent, deux denrées limitées, aient le plus d’impact possible.
Nous n’avons pas besoin de « faire plus dans le numérique ». Selon Fiona, le numérique est une « manière de communiquer avec les publics qui est entièrement révolutionnaire. » Le nombre croissant d’outils numériques à la disposition des organismes artistiques et de leurs publics change complètement la donne ; il signifie que nos publics peuvent être à des milliers de milles ou sous nos yeux, soit une synthèse à la fois emballante et troublante de l’hyperlocal et du mondial.

Possibilités et défis

Comme nous le savons à Orchestres Canada, les organismes artistiques s’interrogent sur la façon de commencer à utiliser les technologies numériques compte tenu du temps et de l’argent limités qu’ils peuvent y consacrer (jetez un coup d’œil aux résultats du sondage sur la stratégie numérique que nous avons effectué auprès des orchestres membres).

Nous traversons une période extraordinaire pour les organismes culturels. Nous pouvons rejoindre notre public comme jamais auparavant. « Pour les organismes culturels et de création, cette possibilité de communiquer avec les publics et de connaître immédiatement leurs réactions est extraordinaire », affirme Fiona. Il est toutefois intéressant de signaler que c’est une relation où tout le pouvoir est entre les mains du public. Nos auditoires consomment chaque jour une grande quantité de contenu numérique et ont de plus en plus le pouvoir de déterminer ce qu’ils vont consommer et ce qu’ils vont laisser de côté. Nous devons savoir ce que nous voulons quand nous demandons à notre public d’emprunter la voie numérique vers nous.

Souvent, les organismes artistiques se tournent vers les plateformes numériques (qui ne leur sont pas très familières) pour essayer de recruter de jeunes publics (avec lesquels ils n’ont guère d’expérience en matière de communication). Fiona nous incite à maîtriser tout d’abord l’un de ces deux aspects plutôt que de s’aventurer en deux terrains peu familiers. Il faut être bien clair et cohérent dans le message que nous voulons transmettre aux publics numériques, à savoir qui les compose et pourquoi ils veulent nous écouter.

Approche et intégration du numérique

Nous avons demandé à Fiona de donner des exemples de traits qui caractérisent les organismes qui ont réussi à transformer leurs démarches numériques. Elle a signalé la clarté de leur message et énoncé une série de questions, y compris les suivantes, auxquelles les organismes à l’aise dans le numérique pouvaient fournir des réponses solides :

  • Qui sont ceux qui composent le public ?
  • Où est le public ?
  • À quelles sortes de conversations se livre-t-il ?
  • Pourquoi devrait-il se tourner vers nous ? (autrement dit, en quoi notre balado ou diffusion continue en direct se distingue-t-elle des autres ?)

Fiona a aussi insisté sur le fait qu’une stratégie numérique devait avoir des racines dans chaque secteur de l’organisme. « La plupart des organismes artistiques sont très cloisonnés; les gens du marketing ne parlent pas aux créateurs, qui ne parlent pas aux responsables de la collecte de fonds. Avec le numérique, tout doit être intégré et progresser vers un seul et même but. »

Fiona et John de The Space animeront une séance pré-conférence sur comment intégrer vos plans stratégies et d’affaires à votre stratégie numérique. Pour en savoir plus, consultez la section sur la conférence nationale du site Web d’OC.

Daniel Bartholomew-Poyser

Daniel Bartholomew-Poyser, nouveau membre du conseil d’administration d’Orchestres Canada, a mené une carrière variée comme professeur de musique, interprète et directeur musical. Il est actuellement artiste résident et ambassadeur auprès de la collectivité à Symphony Nova Scotia, où il dirige des ballets, des concerts pops et pour la famille, ainsi que des concerts externes.  Avant d’occuper ses fonctions actuelles, il a été chef d’orchestre adjoint au Kitchener-Waterloo Symphony et au Thunder Bay Symphony Orchestra. Nous avons eu le plaisir de nous entretenir récemment avec Daniel pour discuter de son expérience et de certains des défis auxquels font actuellement face les orchestres canadiens.

Qu’est-ce qui vous a amené à Orchestres Canada?

Je venais de terminer un atelier sur la direction d’orchestre à Winnipeg et me préparais à reprendre mes fonctions d’enseignant… et puis… et puis. Je savais que je voulais faire de la direction d’orchestre. J’étais plutôt déconcerté. Un contact que je me suis fait était un agent à New York. Je lui ai envoyé un courriel pour lui demander par où commencer. Il m’a répondu : « Connais-tu Orchestres Canada ? » Je lui ai dit que malheureusement je ne le connaissais pas. Il a ajouté : « C’est là que tu vas trouver des emplois au Canada. » J’ai donc consulté le site Web d’Orchestres Canada, cliqué sur « Avis de postes » et quelques jours plus tard postulé ce qui allait devenir mon premier poste en direction d’orchestre. Maintenant, des années plus tard, j’ai le plaisir de siéger au conseil d’Orchestres Canada, aidant les orchestres partout au pays à se rapprocher de leurs publics, des collectivités et des uns des autres.

Comment vos antécédents comme chef d’orchestre vous ont-ils préparé à siéger au conseil d’administration d’Orchestres Canada?

Comme chef d’orchestre, j’évolue dans plusieurs mondes, soit ceux de l’administration, de l’artiste et du public. J’interviens au nom des membres de ces milieux, souvent pour négocier entre eux, ce qui signifie que j’ai appris à connaître intimement leurs besoins et points de vue particuliers. Vu cette sensibilisation aux réalités du bureau, de la scène et du foyer et ma responsabilité quotidienne de les rassembler, je suis bien placé pour répondre aux besoins des orchestres canadiens par l’entremise d’Orchestres Canada.

Quels sont, d’après vous, quelques-uns des grands défis auxquels font face actuellement les orchestres canadiens?

Un avenir rempli de possibilités nous attend ; les gens attachent de nouveau de la valeur aux activités sociales communautaires ou de groupe pour faire échec à la solitude souvent imposée par la technologie. Néanmoins, ils s’attendent à ce que la technologie soit essentiellement intégrée, sur le plan tant du fond que de la forme, à leurs expériences de divertissement. Cela nécessite une transformation.

En outre, la possibilité que représente une sensibilisation croissante à la diversité et un désir accru de celle-ci nous mènent à l’aube d’un changement presque révolutionnaire en matière de contenu, de collaboration et de culture orchestrale. Nous vivons à une époque incroyablement palpitante, et je suis ravi de servir auprès d’Orchestres Canada et d’aider les orchestres à tracer la voie de l’avenir !